Lundi dernier, Microsoft présentait son nouveau système mobile, Windows Phone 8, quelques jours après le lancement de Windows 8, lui-même ouvertement orienté vers la mobilité. Quelques semaines plus tôt, Google annonçait sa conférence présentant sa nouvelle gamme de Nexus et sa nouvelle version d’Android qui devait avoir lieu le même jour. L’opportunisme de la démarche ne laissait aucun doute et lorsque l’ouragan Sandy changea la donne, provoquant l’annulation de la conférence de Google, certains pensaient que la firme « l’avait bien cherché » à vouloir faire de l’ombre aux produits de Microsoft de façon si éhontée.

Windows Nexus Phone ?

« T’as vu le nouveau Nexus de Microsoft à 299 € ?! « 

Pourtant, ce « signe de destin » n’a pas empêché Google de diffuser à la presse un communiqué présentant sa nouvelle gamme, dont les prix ont surpris tout le monde, quelques heures avant la conférence Microsoft. C’est bien simple, si celle-ci n’a pas complètement été oubliée par la presse, difficile le lendemain de ne pas entendre surtout parler de la gamme Nexus sous tous les claviers des blogs spécialisés.
Pire, lorsque, dans la foulée, de nouvelles informations officielles sur les Nokia et HTC tournant sous Windows Phone 8 ont été diffusées, celles-ci étaient soit complétées soit commentées par la même phrase : « oui mais à ce prix, là, on peut acheter (presque) deux Nexus ! »

Néanmoins, Microsoft a-t-il réellement du souci à se faire ?

Qu’on le veuille ou non, Google a jeté un pavé dans la marre en soulevant la question des prix de smartphones haut de gamme. A son lancement, le nouveau modèle étalon d’un marque coûtera rarement moins de 600 €, une somme plus que conséquente ; l’équivalent de deux mauvais ordinateurs portables d’entrée de gamme ! Si cette chute considérable des prix (rappelons que Google annonce son Nexus 4 à partir de 299 €) se confirme, le consommateur sortira gagnant de ce bouleversement. Après tout,  les smartphones ne sont plus ces produits de luxe, ces bijoux technologiques réservés aux hommes d’affaires : il devient de plus en plus difficile d’acheter un téléphone portable traditionnel en magasin, où le choix se résume à une douzaine de modèles contre le triple, voire le quadruple, pour les smartphones. Il est donc normal que ces ‘ordinateurs de poche’ comme on les appelait à leurs débuts voient leur prix se démocratiser.

« D’ici 100 ans, les smartphones seront deux fois aussi puissant, 10.000 fois plus grands et si chers que seulement les cinq rois les plus riches en Europe les posséderont. »

Pourtant, cette chute des prix si drastique pour le haut de gamme dans un marché relativement jeune a quelque chose d’inédit. Certains y voient un réel danger, comme l’avance Engadget dans un édito qui fait couler beaucoup d’encre : selon le blog américain, cette chute des prix va déplacer les habitudes et niveler les exigences vers le bas tant que le prix sera au rendez-vous. Si ce point de vue a le mérite de susciter le débat, difficile pourtant de s’y conformer : si danger pour les entreprises les plus fragiles du secteur (HTC, Acer, Sony, etc.) il y a, les marges pratiquées jusqu’à présent posaient également question et une démocratisation de produits qui seront bientôt incontournables (les personnes ne possédant pas de smartphones risquant d’être de plus en plus exclues de certaines interactions sociales ou professionnels à l’image d’Internet, pour le pire ou le meilleur) reste une bonne nouvelle pour tout le monde.

 

Et les Windows Phone dans tout ça, me direz-vous ?

Il est d’abord important de rappeler que les prix « plancher » pratiqués par Google sur ses Nexus ne le seront dans un premier temps que sur le Google Play. Une méthode d’achat encore confidentielle et surtout, accessible uniquement à une demi-douzaine de pays. Des marchés importants certes mais on est très loin de la couverture de la vente traditionnelle. Dans l’immédiat donc, l’impact sera limité et Google rencontre déjà de réelles réticences auprès de certains opérateurs aux Etats-Unis ainsi que de revendeurs en Europe (voir la déclaration récente de The Phone House Espagne).

Si l’acheteur pourra en revanche rencontrer, à moyen terme, les Nexus à ces prix, que ce soit en magasin ou sur Internet, la concurrence sera rude pour les Windows Phone. En effet, si l’écart technologique entre eux et les Androphones ne pèse pas réellement sur la fluidité ou sur la qualité de l’expérience utilisateur, nous le savons, le quidam qui vera que le Nexus 4 lui offre un processeur 4 coeurs et 2GB de mémoire vive contre 2 coeurs et 1GB pour le Nokia Lumia 920 et ce, pour la moitié du prix, ne prendra pas des heures pour faire son choix. Les chiffres restent des paramètres très prégnants auprès du grand public, il n’y a qu’à voir la valeur très surestimée qui est attribuée aux mégapixels. Et pour peu que le nombre d’applications disponible soit évoqué…

Enfin, cette chute de prix inattendue du Nexus 4 risque aussi de freiner celles et ceux qui attendent les Windows Phone de pied ferme :  il serait normal dans leur chef d’opter pour la patience et une éventuelle baisse de prix des Windows Phone en guise de réponse à Google, ce qui engendrerait un retard dans l’adoption d’un système qui a pourtant un besoin urgent d’accroissement de son nombre d’utilisateurs.

HTC 8X 599 €

Gageons que les constructeurs rectifieront le tire si les baisses se confirment…

Cette baisse de prix chez Google va également peser lourd sur l’hypothétique Surface Phone. On sait que Microsoft y travaille et se tâte peut-être encore sur sa commercialisation. Néanmoins, si le prix envisagé jusque là ne rapproche pas des 300-350 € du Nexus en bout de course, autant dire que ce smartphone étalon pour Microsoft est voué à un échec cuisant. Il sera pour le coup totalement comparé au Nexus 4 puisque partageant la même ambition et s’il s’avère beaucoup plus cher, on voit mal comment l’acheteur pourra le préférer. On risque alors au mieux de voir certaines concessions se faire sur la matériel ou un retard de production ou au pire, une annulation pure et simple.

Dans le marché des tablettes, la situation est plus nuancée. Apple reste largement en tête et les tablettes Android, même si elles grappillent des parts de marché, ont encore beaucoup à prouver. En choisissant de ne pas investir le marché des tablettes multimédias de 7′ et de se concentrer sur les 10′ et plus axés sur la productivité, Microsoft part à la conquête d’un marché où beaucoup est à faire. Windows 8 RT a du retard sur ses concurrents, c’est indubitable, mais celui-ci est moins marqué que pour les smartphones et il possède des arguments de poids, comme la suite Office, pour faire la différence et notamment sur le terrain du prix.

Office sur la Surface

Office, l’atout incontestable de la Surface

De manière plus générale d’ailleurs, Windows 8 RT pourra bénéficier de la familiarisation à la nouvelle esthétique Windows opérée par Windows 8. En effet, si de nombreux articles ont présenté Windows Phone 8 comme la dernière chance de Microsoft dans le monde de la mobilité, il ne faut pas sous-estimer la portée de Windows 8 : le temps aidant, les utilisateurs vont s’approprier le Start Screen ainsi qu’intégrer les nouvelles grandes tendances de l’écosystème. Il ne serait dès lors pas étonnant de voir un taux de conversion plus grand vers les smartphones et tablettes Windows, tout de suite identifiables et « rassurantes » pour les utilisateurs de Windows 8. C’est sans doute la meilleure carte de Microsoft, son hégémonie incontestée dans les bureaux ou dans les systèmes domestiques, un réelle porte d’entrée sur la mobilité.

En résumé, cette nouvelle donne va avoir un impact conséquent sur le marché de la mobilité et plus particulièrement sur les Windows Phone. Windows Phone 8 est un pari de l’utilisateur, une confiance accordée à une marque et à son savoir-faire, une volonté d’essayer autre chose mais à 600 €, rares sont les acheteurs qui aiment prendre des risques. Deux choix s’offrent dès lors à Microsoft et ses partenaires si la tendance se confirme : baisser les prix de manière conséquente ou (et ?) proposer un encadrement et un suivi exemplaire. Un client bien dans son OS, qui se sent écouté et ménagé préférera payer un peu plus si besoin est et préserver sa ‘sérénité mobile’; jusque là, la disparité de Google et de ses partenaires ne sont pas des exemples en la matière tandis qu’Apple continue à vendre massivement ses produits en pratiquant pourtant des prix largement au-dessus de la concurrence. Preuve qu’un écart de prix n’est pas un facture insurmontable, pour peu néanmoins qu’il reste raisonnable.

Balmer "en transe"...

Rester optimiste en toute « circonstrance » : une philosophie chez Microsoft, incarnée par son CEO Steve Ballmer.

Encore une fois, on conclura en disant que Microsoft dispose des armes et du savoir-faire nécessaires pour réussir. Néanmoins, Google vient d’ajouter un nouveau paramètre dans la bataille du mobile dont la firme de Redmond se serait bien passé…