Lors du Computex, de nombreux constructeurs ont montré ou annoncé des terminaux Windows Phone autres que les Nokia que l’on connaissait déjà. La grande différence, c’est l’annonce de smartphones à petit prix, sous la barre des 100 dollars. Après l’annonce de la gratuité de Windows pour les appareils de moins de 9 pouces, de nombreux constructeurs se précipitent sur Windows Phone 8.1. Une coïncidence ? Sûrement pas et nous allons tenter d’éclaircir la situation pour Microsoft et sa stratégie low-cost qui semble se dessiner pour tenter de grappiller les parts de marché. Est-ce un bon choix de la part de Microsoft ?

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Microsoft : un spécialiste des OS depuis des décennies

Windows Phone existe depuis la fin de l’année 2010. Le système d’exploitation mobile de Microsoft a été conçu pour concurrencer Android et iOS et ne pas les laisser seuls sur le créneau des OS mobiles. La firme de Redmond a quasiment un monopole sur les systèmes d’exploitation des PC de bureau, elle ne pouvait donc pas laisser les mobiles aux mains d’Apple et de Google puisque ces appareils sont voués, à terme, à remplacer plus ou moins nos chers ordinateurs. Alors qu’iOS existe depuis 2007 et qu’Android a vu le jour en 2008, Microsoft a tardé à se lancer dans l’aventure. Avec 3 % de parts de marché au niveau mondial et 10 % en France, Windows Phone peine à décoller. Microsoft tente alors depuis plusieurs mois de mettre en place certaines techniques pour tenter d’intéresser les constructeurs.

Win 95

Windows Phone : un OS et peu de constructeurs

À part Nokia, rares sont les constructeurs qui ont sorti des appareils sous chacune des versions de Windows Phone. HTC, Acer et Samsung ont bien tenté, mais se sont vite ravisés suite à l’échec commercial de leurs terminaux. Finalement, seul Nokia est fidèle à Windows Phone et ce n’est pas étonnant puisque Microsoft avait sorti son chéquier afin que le Finlandais abandonne Symbian OS au profit de Windows Phone. Avec le rachat de Nokia par Microsoft, la firme de Redmond va désormais intégrer complètement la conception des Windows Phone de la marque. D’ailleurs, à terme, la marque Nokia disparaitra. Microsoft aurait la possibilité de faire comme Apple et fermer son écosystème en ne proposant pas Windows Phone pour les autres constructeurs. Mais ce serait contraire à l’esprit de l’entreprise qui, depuis ses débuts, propose ses systèmes d’exploitation et logiciels à n’importe qui souhaite s’en servir, moyennant finance. Son business model est d’ailleurs basé sur la vente de logicielle et non de matériel. La firme de Redmond continue donc sa route de distributeur de solutions logicielles et de services, mais commence à devenir plus intégrée avec sa branche matérielle qui prend de l’ampleur. Rappelons en effet que Microsoft ne vend pas d’ordinateurs (si ce n’est les tablettes hybrides Microsoft Surface), mais commercialise dorénavant des smartphones.

Samsung Ativ S 2

Microsoft : pas habitué aux prix planchers ?

Les produits matériels vendus par Microsoft, les Lumia et les Surface ne sont pas forcément bon marché, mais sont là pour représenter ce qu’il est possible de réaliser avec Windows (que ce soit la version Phone, RT ou x86) dans des appareils mobiles. Il est clair que Microsoft a besoin de pousser ses systèmes d’exploitation mobile. Windows RT peine réellement à convaincre sur le domaine des tablettes et la part de marché de Windows Phone est faible même si elle est en croissance. Les produits matériels de la firme de Redmond sont donc là pour tenter de convaincre les constructeurs et le grand public d’adopter leurs nouveaux systèmes d’exploitation pensés pour le monde mobile. Si cette solution peut intéresser certaines personnes, malheureusement, Microsoft ne possède pas les techniques de vente magiques d’Apple et les produits peinent à convaincre. C’est pour cette raison que l’entreprise dirigée par Satya Nadella souhaite prendre une direction un peu plus low-cost, même si cela n’a pas été officiellement déclaré.

Surface Pro 3

Vers des Windows Phone low-cost

Tout a commencé lors de la BUILD 2014, la conférence annuelle de Microsoft réservée aux développeurs. L’entreprise a alors annoncé que Windows serait désormais gratuit pour les OEM (fabricant de mobiles) et ODM (fabricants de design) qui produisent des appareils mobiles (smartphones ou tablettes) de moins de 9 pouces. Cette stratégie permet ainsi de faire baisser le prix des produits finaux pour le consommateur. On ne connaît pas avec précision le prix d’une licence Windows pour un OEM/ODM puisqu’il varie selon le prix du produit.

Depuis le mois de février dernier, on sait en revanche que pour les produits de moins de 250 dollars, la licence ne coûte plus que 15 dollars au lieu des 50 dollars réclamés précédemment par Microsoft. Si l’appareil fait moins de 9 pouces, alors la gratuité est totale. Pour les produits plus haut de gamme, la licence atteindrait toujours 50 dollars. C’est d’ailleurs pour cela que Microsoft a récemment sorti Windows 8.1 en édition Bing, afin de le proposer gratuitement (ou pour 15 dollars selon les sources) aux OEM. Dans le futur, il est clair que Microsoft proposera Windows de manière gratuite. D’ailleurs, les rumeurs concernant Windows 9 font état de la gratuité du système d’exploitation pour les particuliers disposant déjà de Windows 8.1.

Les premiers appareils abordables

Cette politique de baisse tarifaire aurait apparemment porté ses fruits puisque de nombreux constructeurs ont annoncé des tablettes et smartphones à des prix bien plus faibles que ceux habituellement constatés. C’est d’ailleurs ces derniers qui nous intéressent pour cet article. Des OEM et ODM ont ainsi annoncé lors du Computex du mois de juin des références avec un rapport qualité – prix plutôt intéressant. Alors que le moins cher des Lumia, le 630, commence à 169 euros, il est ici question de smartphones à partir de 80 euros. Pour rappel, le Lumia 625, l’ancien entrée de gamme avait débuté sa commercialisation à plus de 200 euros. La volonté de Microsoft de rendre plus abordables les Windows Phone est donc bien réelle. Mais face à des terminaux à 80 euros, comment va réagir la firme de Redmond ?

prestigio-multiphone

D’autant que ces mobiles n’ont rien à envier, ou presque comme on le verra plus loin, aux smartphones Nokia. Prenons l’exemple du Prestigio MultiPhone 8400 DUO : pour 85 euros, il disposera d’un Snapdragon 400 quad-core cadencé à 1,2 GHz assisté par 1 Go de mémoire vive. La définition du capteur photo atteindrait 5 mégapixels et 720p pour l’écran de 4 pouces. A ses côtés, le Lumia 630 et ses 512 Mo de mémoire font un peu de peine. Mais les fiches techniques ne prennent pas en compte la globalité du mobile. On peut ainsi se poser des questions quant à la finition des smartphones. Si les produits Microsoft et Nokia sont réputés pour leur finition et leur solidité, c’est beaucoup moins le cas habituellement pour les fabricants de produits low-cost.

Une partie logicielle presque homogène

La partie logicielle semble également être au rabais sur ces smartphones bas de gamme. Sur les terminaux Microwax qui ont été récemment annoncés, Microsoft a précisé que les applications Lumia ne seraient pas disponibles. L’utilisateur ne pourra donc pas bénéficier de Nokia Mix Radio, Nokia Camera, mais également la suite Nokia HERE qui comporte l’excellent HERE Maps pour substituer Bing Cartes de Microsoft. Pour  rassurer les utilisateurs, Microsoft a tout de même tenu à préciser que les futures mises à jour de Windows Phone seraient déployées en même temps pour tous les terminaux. Un bon point pour concurrencer Android dont les mises à jour des smartphones sont laissées à la volonté de chaque constructeur. Ce qui explique notamment pourquoi le parc de mobiles sous Android est hétérogène au niveau des versions de l’OS de Google. De la sorte, Microsoft s’assure une homogénéité de son parc de smartphones et possède un argument commercial de poids face à Google qui ne maîtrise pas ces choix.

Nokia HERE Maps

Un pari gagnant ?

Il faudra patienter encore quelque temps avant de savoir si Microsoft aura réussi son pari qui est de grappiller encore plus de parts de marché grâce à cette stratégie low-cost. Le risque est assez grand puisqu’il ne faut pas que cela ternisse l’image des Windows Phone. Mais si le pari est réussi, Microsoft pourrait donc s’installer sur le long terme dans le paysage des systèmes d’exploitation mobiles. Si la stratégie matérielle est en marche, la partie logicielle est toujours en retrait par rapport à la concurrence. En effet, un élément qui fait défaut aux Windows Phone est le store relativement vide comparé à ses homologues sous Android et iOS. C’est d’ailleurs un cercle vicieux puisque les développeurs boudent la plateforme à cause des faibles parts de marché et ces dernières ne sont pas élevées notamment à cause du manque d’applications.

La donne pourrait changer grâce aux applications universelles mises en place avec Windows Phone 8.1 et qui permettent aux développeurs de se contenter d’un seul code source pour les 3 plateformes (Phone, RT et x86). Rendez-vous d’ici quelques mois pour juger des conséquences du virage low-cost pris par Microsoft avec Windows Phone.

Nokia Lumia 630 9

Que manque-t-il à Windows Phone ?

A titre personnel, le manque crucial d’applications sur le Windows Phone Store m’empêche de franchir le pas. Je suis bien trop habitué aux applications connectées pour ne pas pouvoir me passer d’applications stables et en version finale comme Instagram, la RATP ou encore tous les jeux indisponibles comme Real Racing 3 ou Extreme Bike Trip. Le système d’exploitation mobile de Microsoft m’attire déjà plus depuis Windows Phone 8.1, mais il manque, selon moi, encore quelques petites retouches à l’interface pour la rendre aussi agréable qu’Android ou iOS. La voie empruntée par Microsoft de proposer des Windows Phone à bas prix me semble cohérente avec l’objectif visé, mais les OEM et ODM ont également annoncé des smartphones bien plus haut de gamme comme le Wistron Tiger. Plus que les constructeurs, Microsoft devrait davantage attirer les développeurs puisque la partie hardware et le rapport qualité-prix des Lumia n’ont rien de gênant, contrairement à l’indisponibilité de la plupart des applications tierces.