La semaine prochaine aura lieu le MWC et Microsoft y présentera probablement un Lumia 1330 lors de sa conférence. Le Lumia 1330 sera une phablette accessible comme l’était le 1320 et non un modèle dit « flagship », type d’appareils que les autres constructeurs vont tous montrer lors du salon. Il faut dire que Microsoft n’a pas vraiment le choix puisque Windows 10 sort plus tard dans l’année et qu’il serait étonnant qu’il nous présente un énième flagship né sous Windows Phone 8. Surtout quand on sait qu’aucun fer de lance depuis le Lumia 920 ne s’est correctement vendu jusqu’à présent. Cependant, la société devrait également être présente sur d’autres appareils, signe d’une nouvelle stratégie pour améliorer sa présence sur le marché mobile.

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La grande conférence que beaucoup attendent pour ce MWC 2015, ce n’est pas celle de Microsoft, mais plutôt celle de Samsung qui devrait annoncer son Galaxy S6. Le téléphone, qu’on a encore récemment aperçu en photo, devrait, d’après SamMobile.com, n’intégrer que deux applications de Samsung en lieu et place du lot d’applications qui était fourni avec les précédents Galaxy S. En plus de ces deux applications, Microsoft aurait signé un contrat avec Samsung pour préinstaller au moins trois applications dans le Galaxy S6 : OneDrive, OneNote et Skype.

Si cette information s’avère, ce serait le signe d’une nouvelle stratégie de la part de Microsoft pour le marché de la téléphonie mobile. La société se rend bien compte qu’elle n’arrivera pas, au moins à court terme, à percer en termes de part de marché avec Windows Phone et les Lumia. L’OS mobile a péniblement réussi à obtenir environ 3 % de la base installée des smartphones à l’échelle mondiale. Windows 10 pourrait bien sûr permettre d’améliorer la situation, mais cela se fera sur le long terme, au moins après la sortie du système plus tard dans l’année. Pire, les entreprises, le marché le plus important pour Microsoft, sont en train de s’équiper en très grande majorité d’appareils iOS et Android.

Microsoft, ne pouvant donc pas gagner le marché en vendant des appareils, pourrait-il utiliser l’ouverture et le champ libre laissé aux fabricants de téléphones Android pour augmenter sa présence dans les terminaux mobiles, voire devenir omniprésent ?

Téléphone Microsoft Android

La première étape de cette stratégie consisterait en la création de bonnes applications sous Android. Microsoft a d’abord mis OneDrive et OneNote au niveau de ce que proposent ses applications sous Windows. Il a même sorti Office pour les tablettes Android avant que la suite ne soit disponible pour les tablettes Windows. Il ne faut pas non plus oublier les applications de la suite MSN lancées l’année dernière : on compte notamment MSN Actualité, MSN Santé & Forme et MSN Cuisine & Vins. La société a également racheté récemment trois applications très utilisées sur Android : Accompli, devenu depuis Outlook, Sunrise Calendar et, dans un autre contexte, Minecraft. Si le rachat de Minecraft a probablement aidé à finir le portage du jeu sous Windows Phone et surtout a permis de faire passer clairement le message voulu lors de la présentation des HoloLens, le rachat de Sunrise et Accompli n’a en revanche rien à voir avec Windows. Les deux applications ne sont pas disponibles sous Windows Phone et Microsoft prépare déjà une version d’Outlook et Outlook Calendar pour la sortie de Windows 10. Ces applications ont d’ailleurs été présentées le 21 janvier dernier, avant même le rachat de Sunrise.

Avec ce catalogue d’applications, Microsoft est maintenant à même de remplacer les services d’un fabricant ou de Google sur un téléphone. Bien entendu le papa d’Android interdit qu’on remplace ses applications, mais les fabricants comme Samsung ont souvent des applications en doublon, comme S Health en plus de Google Fit, présent sur ses téléphones et qu’il pourrait accepter de remplacer par les services de Microsoft.

Comment le géant de Redmond peut-il convaincre les marques ? Avec une carte qu’il a dans sa manche depuis bien longtemps, son portefeuille de brevets. Quelques jours avant que la rumeur de préinstallation des applications Microsoft dans le Galaxy S6 n’éclate, Microsoft et Samsung ont signé un accord mettant fin à leur différend. Les termes de cet accord n’ont pas été communiqués par les deux groupes, mais il est possible que la rumeur à propos du Galaxy S6 et ces accords soit liée. Microsoft aurait ainsi accepté de laisser de côté l’idée de faire valoir ses droits sur ses propriétés intellectuelles en échange du placement de ses services dans les produits de Samsung. Un accord du même type aurait d’ailleurs été passé entre Google et Samsung l’an dernier, ce dernier aurait alors accepté de laisser tomber son interface Magazine UX, jugée trop éloignée d’Android par Google, et plus globalement d’alléger ses surcouches en échange d’un accord sur une question de brevets de la part de Google.

Les différends de Microsoft ne concernent pas uniquement Samsung. Il a signé, à l’heure actuelle, plus de 20 accords de licence sur ses brevets avec des fabricants d’appareils sous Android ou Chrome OS. Or si la stratégie de Steve Ballmer était à l’époque de récolter de l’argent sur chaque appareil vendu, la nouvelle stratégie mise en place par Satya Nadella semble plutôt aller vers une conquête des utilisateurs. L’idée étant que plus il y aura d’utilisateurs de service Microsoft, plus la société aura une place importante et une bonne image de marque en plus de gagner de l’argent sur les abonnements de chaque utilisateur. L’autre avantage, si une telle stratégie remporte le succès escompté, serait une baisse de la croissance de Google sur son propre terrain et il ne fait aucun doute que la société réfléchirait très rapidement à une solution plus restrictive pour les fabricants. Le problème, si Google prenait une tel décision, serait que les fabricants pourraient alors être séduits par l’idée de faire le choix d’une autre version d’Android que celle de Google.

Android oui, mais pas seulement avec Google

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L’autre chemin que Microsoft semble prendre, c’est celui de l’AOSP, l’Android Open Source Project. Android™, la version d’Android que l’on retrouve communément dans les mobiles des fabricants, est proposée par Google et repose sur le projet open source AOSP sur lequel l’éditeur vient adjoindre le Google Play Store en l’échange de quelques contraintes, comme l’installation d’application Google, entre autres. Certains fabricants font cependant le choix de procéder à un fork d’AOSP et de proposer leur propre store d’application, c’est le cas d’Amazon avec ses Kindle Fire et c’était le cas de Nokia avec le Nokia X. Alors que Microsoft avait fait avorté la plateforme Nokia X, peu de temps après avoir racheté la division mobile du fabricant finlandais, la société a récemment investi dans Cyanogen, un autre éditeur qui veut se démarquer de l’Android de Google. Kirk McMaster, le président de Cyanogen, a déclaré il y a peu qu’il souhaitait s’émanciper de l’emprise de Google en développant une version d’Android plus ouverte qui pourrait utiliser d’autres services que celui du géant de la recherche. Cyanogen a également l’ambition de proposer sa version d’Android aux fabricants de téléphones. Avec cet investissement, Microsoft pourrait proposer les services que Cyanogen n’est pas capable de remplacer en interne, comme la cartographie avec Bing Maps, ou le moteur de recherche Bing lui-même. Ces services sont indispensables sur tout système d’exploitation mobile, car ils sont utilisés sous la forme d’API par les développeurs d’applications tierces.

En investissant à la fois dans Cyanogen et en proposant des accords aux fabricants restés chez Google, Microsoft peut s’assurer qu’il sera un acteur important de l’industrie mobile, et cela sans vendre d’appareils. En plus d’Android, la société devra également convaincre les entreprises qui s’équipent d’appareils iOS de préinstaller ses applications. Après s’être fait expulser du marché par la concurrence il y a près de 7 ans, la firme de Redmond pourrait, en 2015, enfin faire son retour, par la petite porte du Bugdroid. Ce sera en tout cas à suivre dès la semaine prochaine au Mobile World Congress.

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