Plus de trente ans d’existence, et seulement trois CEO ou, dans la langue de Molière, trois hommes au poste de Directeur général. Satya Nadella vient d’être nommé au poste le plus en vue du moment, et pour lequel les prétendants de renom se sont succédé depuis août 2013, date à laquelle Steve Ballmer annonçait sa prochaine retraite.

Satya Nadella

Diriger Microsoft, c’est prendre la tête d’une entreprise dirigée d’une main de fer par un homme au charisme débordant. Steve Ballmer, en place depuis 2010 au poste de CEO de Redmond, s’est illustré par un caractère tempêtueux. S’égosillant sur scène, suant et gesticulant, l’homme a fait une partie du responsable, à force d’indéniable charisme. Après lui, Satya Nadella, peu connu du grand public, apparaît comme un gentil, tout businessman soit-il.

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Steve Ballmer, l’inimitable.

Revenons il y a près de 39 ans. Bill Gates, comparse et concurrent inséparable de Steve Jobs, souffrait d’une image planplan qui lui a longtemps collé à la peau. Passé à la tête du conseil d’administration de Microsoft, le fondateur de la société est passé d’une image empreinte d’ennui à celle de vieux sage versé dans le mécénat et les fondations caritatives. Et c’est bien ce qui se poursuit aujourd’hui : quand Satya Nadella prend la tête de Microsoft, son fondateur historique quitte la présidence du CA pour prendre une fonction un peu plus oiseuse, celle de « conseiller technologique ». Celui à qui l’on reprochait un manque d’inventivité, toujours face à son concurrent à la pomme, reprend finalement le statut d’innovateur, et même de garant de la ligne de conduite de Microsoft, à l’heure où un nouvel arrivant accepte la fonction qui fut un jour la sienne.

Une retraite en période charnière

Microsoft ne va pas mal, mais pourrait aller mieux. La firme a connu des échecs, des petits ou des gros, mais jamais vraiment retentissants. Les succès sont là : la Xbox 360 et désormais la Xbox One se vendent comme des petits pains, en témoignent ceux qui ont tenté de se la procurer malgré les rupture de stocks durant la période des fêtes 2014. Pour la Surface première du nom, c’était moins facile : ballotée entre les tablettes à petit prix dans le monde d’Android, la prédominance de l’iPad et la nouveauté de Windows 8, elle a souffert d’un manque de lisibilité du côté des consommateurs. Qui était Windows 8 et qui était Windows 8 RT ? Pas bien clair en termes de positionnement, et les ventes s’en sont rapidement ressenties. Après avoir procédé à des baisses tarifaires, Microsoft a fini par ne plus évoquer Windows RT, peu à peu abandonné par les constructeurs tiers eux aussi. Résultat, pour son dernier trimestre fiscal porté par la nouvelle génération de Xbox et de Surface, les résultats de Microsoft ont crû de 14 % sur un an, avec un chiffre d’affaires de 24, 5 milliards de dollars, mais peine à se faire une place sur le secteur des tablettes et des smartphones. Les dernières études indiquent qu’à l’international, Windows Phone n’était présent que sur 3,6 % des smartphones vendus en 2013, ce qui représente toutefois une nette augmentation en volumes, et d’environ 4 % dans le monde des PC.

L’homme de l’innovation ?

Au milieu d’activités Microsoft aux multiples facettes débarque un Satya Nadella presque inconnu aux yeux du monde. L’homme, âgé de 46 ans, totalise pourtant 22 ans de carrière à Redmond, et est passé dans la plupart des services de Microsoft. Office, Bing, Cloud, il a vu de tout, mais on ne l’a jamais véritablement vu ni dans la lumière, ni dans le cadre de produits destinés au grand public. Steve Ballmer le décrit comme un visionnaire, suffisamment pour apporter un nouveau souffle à la firme ? Si l’hypothèse de l’embauche de Sundar Pichai au poste de CEO de Microsoft a pu éclore – fondée ou non, d’ailleurs – c’est parce qu’elle semblait crédible. Pourquoi ? Certainement parce que le responsable de la division Devices de Google pouvait sembler à même d’apporter un brin d’air frais à son concurrent, avec une vision nouvelle et des projets qui n’auraient pas été moulinés par une équipe d’hommes de la maison. L’option Allan Mulally, actuel CEO de Ford, a quant à elle été poussée plus loin, et envisagée jusqu’à un démenti officiel de l’intéressé au début du mois de janvier 2014. A leur côté, Satya Nadella, malgré ses compétences multiples, manque encore de « mythe », d’image, peut-être même d’une caricature à la Ballmer auprès du grand public, en tout cas de quoi incarner la grandeur d’une entreprise gigantesque auprès du grand public. Il sera toutefois secondé par une équipe de choc, puisqu’il formera un triumvirat dirigeant avec Bill Gates au conseil technique et John Thompson, businessman reconnu, à la présidence du conseil d’administration de Microsoft. La présence de Stephen Elop, l’ancien CEO de Nokia appelé à rejoindre ses camarades lorsque le rachat de la division mobile de la firme finlandaise sera validé, devrait également lui faciliter la tâche. Serait-ce finalement le passage d’une époque personnelle à un leadership pluriel ?