Depuis plusieurs années, le navigateur de Microsoft perd des parts de marché au profit de Chrome, Firefox et Safari. L’équipe d’Internet Explorer travaille depuis plusieurs mois à remettre son navigateur au devant de la scène et il faut analyser les faiblesses du navigateur et la stratégie de Microsoft pour comprendre les modifications que la société pourrait apporter dans les mois à venir, parallèlement au lancement de Windows 10.

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IE perd des parts de marchés pour deux raisons. Premièrement, il paye des années d’immobilisme à l’époque du fameux IE6 qui devenait de plus en plus incompatible avec les standards du web. À cette époque, Microsoft pensait pouvoir se permettre d’imposer ses normes, il commençait à perdre doucement des parts de marchés au profit de Mozilla Firefox puis de Google Chrome. Cela a entaché la réputation du navigateur qui est devenu « le navigateur qui sert à télécharger Firefox ou Chrome ». Depuis lors, Internet Explorer est synonyme de « ringard » voire de problématique au point que Microsoft, lui même, dédie une page à l’extinction d’IE6.

Seconde raison : l’émergence des smartphones puis des tablettes, nouveau marché qui fait jusqu’à présent défaut à Microsoft et où Apple avec iOS et Safari et Google avec Android et Chrome règnent en maîtres. Ce nouveau marché affecte également le marché historique du PC, puisqu’à travers les options de synchronisation, les utilisateurs de Google Chrome sont amenés à utiliser le même navigateur sur tout leurs appareils.

Microsof cross-platform strategy

La stratégie de Microsoft, depuis plus d’un an maintenant, est de développer ses produits et ses services de sorte qu’ils soient compatibles et disponible sur Android, iOS, OS X et Windows ; le placement en dernière position de Windows n’est pas là au hasard. Aujourd’hui, Internet Explorer est l’un des derniers produits, si ce n’est le dernier, à ne pas être disponible sur les écosystèmes concurrents de Microsoft. Si la firme de Redmond veut regagner des parts de marchés sur mobile, il ne pourra pas se permettre d’attendre et espérer que Windows 10 pour mobile porte ses fruits et se répercute sur les ventes. Il faudra que son navigateur soit disponible sur Android et iOS ou qu’il fournisse une application de synchronisation pour permettre aux utilisateurs d’Internet Explorer sur Windows d’avoir leurs favoris et leurs paramètres sur les navigateurs d’Android ou iOS. Le portage d’Internet Explorer et son moteur Trident pourrait également s’avérer problématique sur iOS où Apple oblige les applications tierces à utiliser le moteur de rendu Webkit de Safari.

Sur le plan technique, Internet Explorer a beaucoup évolué depuis sa version 6, au point de devenir un très bon navigateur à partir de la version 9 capable de rivaliser avec ses concurrents sur la navigation de pages web. Malheureusement pour Microsoft, entre la version 6 et 11 d’Internet Explorer, Google et Mozilla ont décidé de transformer leur simple navigateur web en véritable système autonome avec même une boutique d’applications, capable d’être exécutés en code natif, pour Chrome. Les plug-ins compatibles actuellement avec IE11 se comptent sur les doigts d’une main et le navigateur ne met pas réellement en avant de boutique d’extension. D’après la journaliste Mary Jo Foley de ZDNet.com, L’arrivé d’un vrai écosystème d’extensions pourrait passer par le résultat de deux projets de recherches de Microsoft, XAX et Drawbridge. XAX est un projet de recherche visant à créer un modèle d’extensions pour navigateurs reposant sur le principe de picoprocess. Ces picoprocess, résultats du projet Drawbridge, sont des applications en langages natif, isolées du système et indépendantes du matériel et du système (comme une machine virtuelle en somme). En d’autres termes, ce modèle d’extensions permettrait aux développeurs de créer des plug-ins en langage natif qui seraient indépendants du système d’exploitation sur lequel ils sont exécutés, de quoi appuyer la thèse d’un navigateur multi-plateforme.

Pour pallier la mauvaise réputation d’Internet Explorer, Microsoft faire deux choix qui toucheront d’une part le grand public et d’autre part les technophiles. Premièrement, la firme pourrait décider de renommer son navigateur, l’équipe d’IE a récemment affirmé y avoir déjà songé. Un nouveau nom permettrait sans doute de repartir à zéro aux yeux du grand public et inciterait certains technophiles à tester à nouveau le savoir-faire de l’équipe. En plus de cela, Microsoft pourrait développer ce nouveau navigateur en repartant de zéro et le rendre open-source ; pour rappel, la société a depuis peu commencé à passer .NET en open-source.  C’est probablement cette solution qui influencerait le plus la sphère technophile et redonnerait un coup de jeune à l’image de Microsoft et de son navigateur.

Internet Explorer entreprise mode

Problème, Internet explorer est encore massivement utilisé en entreprises et garder une rétrocompatibilité avec leurs logiciels est une obligation pour la survie de Microsoft sur ce marché. La solution pour cela serait d’intégrer, dans Windows 10, comme Microsoft avait fait avec Windows 8, deux navigateurs  : le nouveau et le moderne qui serait utilisé dans les publicité, sur les tablettes, les téléphones et les versions grand public de Windows et une version « legacy » d’Internet Explorer 11 tel qu’on le connait dans la Technical Preview de Windows 10 aujourd’hui, qui serait proposé dans les version de Windows dédiée aux entreprises.

Quelles que soient les solutions choisies par Microsoft, on devrait en apprendre plus sur le futur d’Internet Explorer lors de la conférence organisé en janvier et dédiée à Windows 10 consumer preview.