En juin 2012, la société a surpris l’industrie, y compris ses partenaires OEM, par l’introduction de son propre matériel. La Surface Pro de Microsoft résume la stratégie apparente de l’entreprise avec Windows 8 : ce que les utilisateurs accomplissent actuellement avec deux appareils, ils peuvent le faire avec un.

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Quand j’ai testé la Surface RT, lancée l’automne dernier, j’ai apprécié son design et son autonomie, mais j’ai eu de gros problèmes avec l’OS. En effet, à chaque fois que je commençais à m’habituer aux interfaces tactiles de Windows RT, je mettais le pied dans un trou de lapin de Windows « traditionnel ». Pour aggraver les choses, une fois dans cette interface traditionnelle (appelée « Bureau »), vous ne pouviez pas installer votre programme préféré Windows. La Surface RT n’était ni comparable à l’iPad (manque cruel d’applications compatibles), ni à un véritable PC (manque de performances et impossibilité d’installer des logiciels classiques).

La Surface Pro est donc un produit de référence pour une entreprise qui souhaite réussir à imposer Windows 8 et également nous faire oublier le couac du lancement de la Surface RT (sous Windows RT). Alors tablette au prix d’un ultrabook ou ultrabook avec capacité tablette ? Nous allons tenter d’y répondre dans ce test de la Microsoft Surface Pro.

La stratégie « deux-en-un » de Microsoft est risquée. Effectivement, une des caractéristiques distinctives de Windows 8 est son interface tactile (appelée autrefois Metro), néanmoins on retrouve également le style traditionnel Windows. Malgré tout, Windows 8 reste « tablette-centric ».

Avec la Surface Pro, Microsoft fait valoir que les clients peuvent avoir le beurre et l’argent du beurre, avec une tablette et un PC, en un seul appareil, alimenté par un unique système d’exploitation. La stratégie est en contradiction avec le plus grand rival OS de Microsoft, Apple, qui dispose de deux systèmes d’exploitation différents pour ses tablettes et les ordinateurs personnels. De l’autre côté, Google possède un OS capable de faire fonctionner de nombreux appareils mais essentiellement pensé pour alimenter des appareils tactiles dont les smartphones et les tablettes. Microsoft a donc un positionnement unique loin d’être évident pour tout le monde.

Cette approche « sans compromis » est malheureusement en proie à des « compromis ». Je m’explique. Le nom de la Surface Pro est « Surface avec Windows 8 Pro ». Il ne s’agit ni d’une tablette, ni d’un ultrabook, mais des deux à la fois. Le Pro est pour l’ultrabook, avec des contraintes de conception plus importantes. Le Surface est pour la tablette, avec un prix élevé dans cette catégorie de produit. C’est un pari que fait Microsoft : Est-ce que les utilisateurs, qui remplacent leur PC et qui sont attirés par les tablettes, seront intéressés ?

Les deux rôles signifient que le Pro de Surface est, par nature, coûteux. Les prix, relevés hier soir par Microsoft, témoignent de cette stratégie tout-en-un. Microsoft donne ainsi à la Surface Pro peu de chance de rivaliser avec les tablettes pures. C’est un produit premium à un prix premium.

Le design est ingénieux

La Surface Pro reprend le châssis VaporMg composé de titane – un alliage de magnésium. Le résultat est assez solide et robuste, avec une sensation de qualité. Un design sobre et simpliste, qui reste très efficace.

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Côté clavier, vous pourrez acquérir un des deux claviers détachables (Cover Type ou Touch Cover), ou simplement utiliser un clavier à votre convenance : USB ou Bluetooth. La Surface Pro offre en effet la possibilité d’avoir le choix. Cela peut-être une très bonne chose pour éviter d’être encombré d’un clavier intégré qui s’abîme très vite.

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La béquille intégrée à l’arrière permet à la tablette d’être calée. Cette béquille se révèle très pratique, même si nous devons souligner qu’il n’y a qu’une seule position possible. Notez que ce dernier point est sensible, car l’angle de vision en utilisation « classique » est mauvais dans de nombreux cas. Cela dépend de la hauteur de la tablette, de votre chaise ou encore de la distance entre l’écran et vos yeux.

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Avec un poids de 920 grammes, la Surface Pro est suffisamment légère pour être transportée dans une pochette ou un sac. Par contre, la comparaison directe avec sa petite soeur, la Surface RT, nous confirme que nous sommes bel et bien en face d’un PC et non une tablette. En effet, la Surface RT pèse 676 grammes, tandis que son épaisseur est de 9,3 mm. Comptez presque 14 mm pour la Surface Pro, la différence est loin d’être anecdotique. Pour comparaison, le poids de l’iPad « 4 » est de 650 grammes, tandis que le poids d’un MacBook Air (11,6 pouces) est de 1080 grammes. Bref, la Surface Pro n’est pas conçue pour être tenue à une main.

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Du tactile, jusqu’au bout du stylet !

Microsoft a également différencié la Surface Pro de la Surface RT au delà du design. En effet, on retrouve un stylet dans le pack « de base ». Microsoft a travaillé avec le célèbre spécialiste du tactile, Wacom, afin de proposer quelques fonctionnalités « tablettes ». Ce stylet fait la taille d’un stylo traditionnel et peut-être attaché au niveau du port d’alimentation magnétique de la Surface Pro.

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Microsoft a réalisé quelques intégrations logicielles. Pour pourrez, par exemple, utiliser One Note pour faire de la reconnaissance d’écriture manuscrite. Cela fonctionne plutôt bien. Mais c’est dans les logiciels de dessin et de retouche que ce stylet saura convaincre. D’après notre designer, c’est un pur plaisir d’utiliser Photoshop bien que ce stylet ne se risque pas à remplacer les tablettes de dessin professionnelles. Je vous conseille d’utiliser ArtRage ou encore Fresh Paint.

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Cet écran est donc bien plus qu’un simple écran tactile. Il s’agit d’un écran extraordinairement polyvalent pour le dessin, la prise de note, les croquis, la retouche d’image et ainsi de suite.

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Les performances sont bonnes

Avec une architecture Intel Core i5, un GPU intégré HD Graphics 4000, 4 Go de mémoire RAM et un SSD entre 64 et 128 Go… La Surface Pro possède des performances d’un « bon » ultrabook. Vous allez même pouvoir lancer quelques jeux « AAA ». Oui, sur une « tablette ». Ne vous attendez pas à jouer en définition d’écran 1920 × 1080 pixels, même si Portal 2 et Diablo III tournent à 25 fps avec cette résolution. Après quelques tests, les jeux sont largement jouables : Call Of Duty, Black ops 2, Guild Wars 2, Team Fortress 2, Civilization V, le nouveau SimCity… Les pixels sont visibles à l’oeil nu mais les jeux tournent.

Pour les logiciels « bureautique », la Surface Pro fait tourner aisément Photoshop ou encore Illustrator. Ce Intel Core i5-3317U tient largement la route. Pour comparaison, ses performances sont au moins 4 fois supérieures au NVIDIA Tegra 3 intégré dans la Surface RT.

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Avec une définition d’écran de 1920 × 1080 pixels, l’écran de 10,6 pouces de la Surface Pro possède une densité de pixel de 208 ppi. En comparaison à d’autres PC hybrides ultrabook, c’est un cran plus élevé que le Dell XPS 12 ou encore que le ThinkPad Yoga 11. Cet écran est calibré parfaitement avec une excellente balance des couleurs et des blancs purs. Bien entendu, il ne peut pas se vanter d’être meilleur que l’écran Retina de l’iPad 4 ou encore de l’écran de la Nexus 10, néanmoins c’est un excellent écran.

Enfin, il y a un petit hic.

Pour trouver un équilibre entre une haute résolution et un texte lisible, vous allez devoir aller dans les paramètres d’agrandissement  pour le bureau de Windows 8 et les augmenter à 150%. Logiciels « flous », texte « trop petit »… Autant de petits problèmes d’affichage que vous allez devoir corriger en fonction de vos installations.

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Mais l’autonomie est mauvaise et l’espace disque limité

Je préfère vous prévenir, la durée de vie de la batterie est relativement courte. Je ne vois pas cela comme un défaut, il s’agit bien plus d’un compromis de conception. Microsoft aurait pu facilement augmenter l’épaisseur de la Surface Pro et entasser une plus grosse batterie. Microsoft a commis une erreur sur le côté de la mobilité, néanmoins il n’y a rien d’intrinsèquement mauvais avec la batterie de la Surface Pro. Je parie que si Microsoft avait pris la route alternative et vendu une Surface Pro un peu plus épaisse et plus lourde, les aspects de l’appareil auraient été éreintés. Mes tests n’ont jamais dépassé les 3 heures 45 minutes d’autonomie. C’est peu pour un ultrabook, et cela ne tient pas la comparaison par rapport aux tablettes traditionnelles.

C’est comme l’espace disque. Pouvons-nous réclamer plus de mémoire ? La Surface Pro propose 64 ou 128 Go en SSD, ce sont des moyens de stockage qui ont l’avantage d’être bien moins fragiles que les disques durs classiques, ils sont également bien plus rapides. Ce sont des produits de stockage très onéreux, bien plus que les HDD, ce qui explique les « faibles » quantité de Go. Malheureusement, le système Windows 8 prend bien plus de place que iOS ou Android. Sur ma Surface Pro, Windows 8 Pro nécessite 17 Go d’espace, sans compter Office (Word, PowerPoint, Excel, etc.) qui est pré-embarqué. Il reste donc à peu près 32 Go d’espace sur les 64 Go. Néanmoins, il n’y a rien de « spécial ». La grande majorité des ordinateurs portables vendus à la Fnac intègre une cargaison de programmes pré-chargés, une partition de récupération, et peut-être une autre partition cachée qui peut être utilisée pour créer des sauvegardes. Je vous conseillerais donc d’investir dans la version 128 Go qui ne coûte « que » 100 euros de plus.

Notre verdict 

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Microsoft voit la tablette comme une extension de l’ordinateur, mais ne semble pas comprendre le fait que l’écart entre les applications tactiles et non tactiles rend cette logique invalide. Microsoft tente de positionner la Surface Pro comme le remplacement du PC, mais malheureusement, le remplacement d’un PC ne semble pas être nécessairement l’achat d’une tablette.

La Surface Pro est-elle trop cher ?

Comparez-la à un MacBook Air, plutôt qu’à un iPad. La comparaison est réellement intéressante, car le prix de la Surface Pro avec un clavier supplémentaire (environ 1000 euros) revient à l’achat d’un MacBook Air. La combinaison MacBook Air + iPad (à peu près 1400 euros) est donc 40% plus onéreuse que la Surface Pro. C’est ce raisonnement que Microsoft veut diffuser.

Les caractéristiques sont globalement les mêmes, on retrouve l’architecture Intel Core i5, un SSD (entre 64 et 128 Go) et un écran de 11,6 pouces. Cette Surface Pro s’apparente à un ultrabook convertible avec tout le stockage en SSD, un écran en définition FullHD de haute qualité, un processeur Intel Core i5 performant, et un form-factor qui est en ligne avec les ultrabooks minces et légers. Soudain, la Surface Pro ne paraît plus aussi cher.

Note :

Le mélange de l’interface tactile de Windows 8 avec les menus traditionnels est bien moins douloureux sur la Surface Pro. Cet ultrabook convertible est un tout-terrain sur le marché des PC avec sa surprenante polyvalence. Il pourrait facilement devenir mon ordinateur principale. Malheureusement, son autonomie limite grandement sa mobilité.

Ces « grandes attentes » sont le vrai problème de la Microsoft Surface Pro. Si vous espérez un produit avec la puissance d’un ordinateur portable sous Core i5, mais le poids et l’autonomie d’une tablette, vous allez devoir vous intéresser aux lois de la physique et aux capacités actuelles des processeurs Intel.

La Surface Pro est freinée par l’autonomie de sa batterie et quelques compromis. Si vous pouvez vivre avec ça, c’est un excellent ultrabook convertible que je recommande vivement.