Si, depuis quelques mois, on voit Nokia être très actif sur Windows Phone avec des annonces et des sorties de terminaux à rythme régulier (tous les 2 mois environ), en dehors du constructeur finlandais, Microsoft reste pour le moment assez silencieux. Est-ce que le géant de Redmond attend le bon moment pour frapper ? On peut se poser la question en essayant de décortiquer quelle sera la stratégie de Microsoft (et donc derrière, de Nokia) dans les prochains mois.

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Avant de plonger dans l’avenir, il convient de faire un tour par le passé. En fin d’année dernière, les débats qui avaient cours concernaient la place de Windows Phone dans le marché mobile, notamment par rapport à BlackBerry 10. Windows Phone 8 est sorti suivi quelque temps plus tard par BB10 et tout porte maintenant à croire que la vraie troisième plateforme mobile restera Windows Phone, BB10 n’ayant pas réussi à convaincre. On peut donc dire que même si l’avancée se fait à petit pas (rappelons que Windows Phone est sorti en 2010), Microsoft progresse tout de même et un cercle vertueux commence à se mettre en place.

En effet, il a fallu assez peu de temps (un an) pour qu’iOS décolle et à peu près autant de temps pour Android quand il est sorti. Windows Phone a été plus lent, principalement car il devait subir la concurrence de ces deux systèmes. Aussi bien au niveau des constructeurs, qui étaient frileux à s’investir sur Windows Phone, que des développeurs, qui ne voyaient pas forcément un intérêt à porter leurs applications sur le système de Microsoft. Du coup, cela se ressent dans le parc installé de Windows Phone qui prend du temps à décoller. Ce n’est vraiment qu’avec Windows Phone 8 que cette situation a commencé à changer, grâce notamment à Nokia et ses smartphones compétitifs (80 % du parc). Pourtant, il faut aller encore plus loin et c’est la mission de Microsoft dans les prochains mois.

 

Une mise à jour majeure pour Windows Phone

Si Windows Phone 8 a été une mise à jour plutôt mineure de Windows Phone 7 en ce qui concerne les fonctionnalités, la prochaine mise à jour importante de Windows Phone doit permettre de libérer les possibilités et changer ce qui pèche. Il y a tout d’abord des éléments qui concernent les composants des terminaux Windows Phone. Jusqu’à il y a peu, les constructeurs devaient se contenter de processeurs double-coeur (alors que tous les autres systèmes ont des hauts de gamme en quad-core). De la même manière, Windows Phone ne supporte pas encore les écrans Full-HD (1080p) alors que c’est maintenant la règle sur le haut de gamme. Il faut libérer cette contrainte pour permettre un plus grand choix pour les constructeurs et donc une diversité plus grande de produits. A priori, la GDR3 devrait régler le problème.

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Mais ce qu’il faut le plus modifier, c’est bien Windows Phone en lui même. Les désidératas des consommateurs sont nombreux. On peut citer l’ajout d’un centre de notifications (ce qui semble acté), une modification du comportement du multitâche, voire une manière plus simple d’y accéder. Un système mobile moderne doit permettre de passer d’une application à une autre très facilement et sans temps de chargement trop long, ce qui n’est pas forcément le cas sur Windows Phone. Comme le multitâche n’est pas accessible facilement, on l’utilise d’ailleurs assez peu, préférant sortir de l’application et passer par l’écran d’accueil pour en ouvrir une autre.

Peut-être que le bouton recherche n’est pas le plus utile des boutons à avoir en accès rapide. On se souvient qu’Android disposait de ce bouton avant de passer à un bouton pour le multitâche. Peut-être que Microsoft devrait en faire autant. Dans tous les cas, le comportement de ce bouton doit changer et suivre le mouvement qu’entreprend le même bouton sur Windows 8. Afficher le clavier directement quand on clique sur ce bouton, permettre des recherches unifiées (pour l’intérieur du système et sur internet) et proposer des résultats plus mis en valeur en utilisant le moteur de Bing par exemple.

Puisqu’on parle de Windows 8, il faut que les ponts entre Windows Phone et Windows 8 soient renforcés. Permettre qu’une application cross-plateforme soit installée en même temps sur les deux appareils, partager plus de données comme les mots de passe, les marque-pages, l’historique de navigation… Mettre une vraie réalité sur la vision d’un système commun entre Windows et Windows Phone car on a parfois l’impression qu’outre l’interface similaire, il y a plus de cohérence entre Chrome et Android ou iOS et Mac OS. Pour cela, Microsoft doit renforcer son offre de cloud qui passe notamment par SkyDrive. S’il était possible de fusionner ces différents comptes Microsoft, ce serait d’ailleurs une très bonne nouvelle.

En parlant de pont entre Windows et Windows Phone, j’espère que Microsoft a prévu le même genre de pont avec la Xbox One pour avoir un vrai univers cohérent et unifié pour tous les utilisateurs de produits Microsoft. C’est ce qu’on attend maintenant des différents écosystèmes (Apple, Google ou Microsoft et même Sony) et il faut que Microsot soit à la pointe. Smartglass devrait être renforcé avec des fonctionnalités Miracast entre tous les appareils pour envoyer du contenu – vidéo, application, etc. – d’un appareil à l’autre sans configuration, juste en passant par le même réseau).

Terminons ce tour de table non-exhaustif des choses à modifier, améliorer, ajouter en évoquant les applications Microsoft disponibles dans Windows Phone. Il faut, à l’image de Xbox Music pour Windows 8, passer d’une logique graphique à une logique de contenu. C’est la même logique avec le Windows Store et il faut faire de même pour les applications  Windows Phone. Afficher plus de contenu sur un même écran pour éviter les recherches fastidieuses.

 

Une profusion de terminaux de nombreux constructeurs

Toutes ces modifications vont permettre aux utilisateurs d’avoir une meilleure expérience avec leurs téléphones et donc de conseiller plus facilement des terminaux Windows Phone, tandis que cela motivera également de nouvelles personnes à venir sur Windows Phone. Mais pour cela, il faut également des terminaux.

Si Nokia fait un très bon boulot avec Windows Phone avec des produits bien placés et bien finis, c’est le seul constructeur qui joue vraiment le jeu. On a bien eu une tentative de HTC et les 8X et 8S mais en dehors de cela, c’est resté plutôt timide. Il suffit pour cela de se rappeler que Samsung (premier constructeur de smartphones) a été le premier à annoncer un terminal Windows Phone 8 (l’Ativ S) suivi par un silence assourdissant ensuite et une sortie en catimini.

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Pour la sortie de Windows Phone 8.1, Microsoft doit faire les choses autrement. Il doit soutenir plus directement les constructeurs afin qu’ils proposent plus de produits, plus de diversité et plus de choix. En plus de Nokia et Huawei qui sont assurés de proposer des produits, elle doit aller voir HTC pour les convaincre de poursuivre l’aventure (ce qui paraît assuré) mais également Samsung, LG, Sony, ZTE et Alcatel One Touch pour les principaux constructeurs d’envergure mondiale. Une diversité de constructeurs proposant des produits Windows Phone est un vecteur de confiance pour les consommateurs. Il y a également un lien de cause à effet entre le nombre de terminaux et la part de marché du système. Plus il y a de terminaux, plus il y a de concurrence et donc plus il y a des prix attractifs et donc de ventes qui se font en direction de Windows Phone plutôt que vers Android, par exemple.

Une séduction des développeurs

Mais le nerf de la guerre mobile, cela reste les applications. Dans cette guerre, Microsoft avec Windows Phone souffre doublement : il y a moins d’applications et celles-ci sont plus chères. Si celles-ci sont plus chères, c’est qu’il y a moins de concurrence (par exemple au niveau des jeux) et que les développeurs – du fait d’une base installée plus faible – sont obligés de proposer les applications plus chères pour rentrer dans leurs frais.

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Pour changer cette situation, il faut donc actionner deux leviers : faire grossir le parc de terminaux Windows Phone et accroître la concurrence au sein du Windows Phone Store. Pour le premier levier, les éléments que nous avons et allons cités dans cet édito sont les principaux éléments sur lesquels il faut jouer. Pour le second volet, il faut que Microsoft soit bien plus actif pour attirer les développeurs et pourquoi pas que Windows Phone soit encore plus ouvert qu’auparavant en ce qui concerne le développement d’applications.

Pour le premier point, les choses semblent être en train de bouger, Microsoft proposant des incitations financières aux gros studios pour venir sur Windows Phone (jusqu’à 100 000 $). Mais il faut aussi aller voir les développeurs indépendants, signer des exclusivités temporaires pour des petits jeux indé… Faire en sorte que Windows Phone soit regardé avec envie en se disant « ah tiens, ils ont cette application exclusive, ça peut m’intéresser ». En cela, la présence de jeux Xbox peut aider la plateforme.

Pour le second point, il faut un peu détendre les critères du cahier des charges de développement d’applications Windows Phone. Peut-être que Visual Studio assurera plus de flexibilité dans le portage d’applications (même si de gros efforts ont déjà été fait dans ce sens). Il faudrait peut-être également que les contraintes d’interfaces soient moins grandes et que plus d’API soient disponibles aux développeurs pour étendre les possibilités de créations d’applications. Bref, tout ce qui peut être fait pour ouvrir un peu plus les possibilités de développement d’applications et augmenter leur nombre comme leur qualité.

 

Un investissement en marketing et communication

Il n’y a pas de secret, pour vendre un produit, il faut que les gens soient au courant de celui-ci et qu’ils aient envie de l’acheter car ils y voient un avantage par rapport à la concurrence. Il faut donc bien mettre en avant les qualités de son système par rapport à la concurrence. Microsoft a fait de gros efforts au niveau marketing pour promouvoir Windows Phone, il convient maintenant de rentrer dans des choses plus spécifiques, peut-être en mettant en avant quelques fonctionnalités vraiment différenciantes comme par exemple la présence d’Office nativement et gratuitement.

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Si plus de terminaux sont disponibles, dans un plus grand nombre de boutiques d’opérateurs et revendeurs, il sera de toute façon plus facile pour Microsoft de communiquer efficacement car les gens sauront ce que sont les terminaux Windows Phone et pourront les acheter ; contrairement par exemple à ce qu’avait fait le géant de Redmond avec la Surface, où il y avait beaucoup de pubs et le produit n’était disponible que sur Internet.

 

Un focus particulier sur les pays émergents

Windows Phone est un produit très compétitif sur l’entrée-milieu de gamme. Ces segments de marché sont les plus porteurs dans certaines régions du monde et notamment dans les pays émergents. Dans ces pays, le marché des smartphones est en pleine expansion alors que chez nous, il arrive à maturité. Il est très important pour Microsoft et Windows Phone de se placer maintenant sur les marchés émergents car s’il ne fait pas maintenant, il sera très difficile de s’imposer plus tard. Cela d’autant qu’avec des produits come le Huawei Ascend W1, les Nokia Lumia 520, 620 et 720, Windows Phone a toutes ses chances.

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Il faut donc que Microsoft et ses partenaires constructeurs soient plus actifs dans la signature de contrats de distributions à destination de ces pays. Microsoft peut en cela proposer son expertise, sa présence locale pour pousser son système. L’initiative 4Afrika est à cet égard une bonne nouvelle, même s’il convient d’aller plus loin.

 

Miser gros sur les pros

Dernier point à aborder sur lequel Microsoft doit travailler pour imposer son système, c’est par rapport aux professionnels. Une très grande majorité de pros utilise des outils Microsoft et notamment Windows et dans un contexte ou le BlackBerry perd des parts de marché, Microsoft a tout intérêt à se placer et à investir plus grandement à destination des pros.

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Tout d’abord, contrairement au Blackberry, passer à Windows Phone pour une entreprise est une opération qui, en dehors du coût des téléphones, ne coûtera pas grand chose si l’entreprise utilise déjà les solutions pro de Microsoft. Elle sera même plus pratique et permettra une productivité potentielle plus grande pour les salariés. En effet, on retrouve par exemple Office nativement dans Windows Phone. De même, le portage d’une application Windows 8 (par exemple une application développée en interne pour gérer des tâches) peut être facilement réalisé sur Windows Phone. La sécurité est aussi très présente sur Windows Phone alors que par exemple Android est régulièrement touché par des failles ou des problèmes de sécurité. Pour les entreprises qui n’ont pas cédé à la mode du BYOD (Bring your own device) et qui veulent une flotte utilisant un système unique pour que cela coûte moins cher à entretenir, Microsoft a une vraie valeur ajoutée par rapport à la concurrence avec Windows Phone. Microsoft a en plus les contacts des entreprises et elle peut leur proposer des ristournes sur des packages globaux (solutions Windows + Windows Phone) permettant de faire rentrer Windows Phone en entreprise.

Une fois que les salariés auront goûté à Windows Phone en entreprise et qu’ils se seront rendus compte des qualités des terminaux et du système, ils réfléchiront à Windows Phone pour un prochain renouvellement d’un produit pour leurs besoins personnels et auront plus facilement envie de le conseiller à leur entourage. Un cercle vertueux se mettrait donc en place.

 

Voilà ce que l’on pouvait dire sur ce que Microsoft doit mettre en place dans les prochains mois pour faire grossir Windows Phone. Ces éléments sont déjà partiellement utilisés par lé géant de Redmond actuellement mais il convient d’aller plus loin et de redoubler d’efforts. Windows Phone doit continuer de croître car si la croissance s’arrête maintenant, un doute va s’installer sur la pérennité du système et le 3e acteur pourrait ne pas survivre.